Lorsqu’une certaine vision de la pédagogie devient dominante, ceux qui pensent autrement finissent parfois par ne plus s’exprimer. Non pas parce qu’ils sont convaincus, mais parce que contredire a un coût: être marginalisé, perdre des opportunités ou compromettre sa place. Peu à peu, la contradiction disparaît. On finit alors par croire à l’existence d’un consensus, alors qu’il ne s’agit souvent que d’un silence.
C’est un danger majeur pour l’enseignement de la danse. Une pratique n’est pas juste parce qu’elle est majoritaire, ni parce que plus personne n’ose la remettre en question. Si certaines conceptions pédagogiques semblent aujourd’hui faire l’unanimité, c’est souvent parce que ceux qui défendent d’autres approches savent qu’ils ont davantage à perdre qu’à gagner en prenant la parole.
L’empereur n’a pas de vêtements, mais peu sont prêts à le dire à voix haute. À force de répéter certaines idées sans les interroger, ce n’est plus le conformisme qui choque. C’est la critique.
Le problème est que ce silence finit aussi par avoir des conséquences sur les élèves. Lorsqu’une pratique n’est plus questionnée, elle cesse progressivement d’être évaluée. À force d’être exposés aux mêmes standards sans contradiction, les élèves finissent par considérer le médiocre comme normal. Non parce qu’ils manquent de discernement, mais parce qu’on leur a rarement montré autre chose.
Pourtant, le progrès pédagogique n’est jamais né du conformisme. Il s’est toujours construit par la confrontation des idées, l’esprit critique et la remise en question des évidences.
Lorsqu’une profession commence à confondre absence de contradiction et preuve de vérité, elle cesse progressivement de réfléchir. Et lorsqu’elle cesse de réfléchir, elle ne transmet plus un savoir : elle transmet un dogme.
