Rencontre avec Noëlla Pontois

Noëlla Pontois : Danseuse étoile de l’Opéra national de Paris, pédagogue. Noëlla Pontois

(née le 24 décembre 1943) entre à l’École de danse de l’Opéra de Paris en 1953. Formée notamment par Janine Schwarz et Huguette Devanel, elle intègre le corps de ballet en 1960 et est nommée étoile en 1968. Interprète majeure du répertoire classique, elle s’impose particulièrement dans Giselle. Elle danse aux côtés de partenaires prestigieux tels que Rudolf Noureev, Cyril Atanassof ou encore Mikhaïl Barychnikov, et collabore avec des chorégraphes comme Roland Petit et Maurice Béjart. Elle quitte officiellement la scène de l’Opéra de Paris en 1983 dans Raymonda. Elle continue de danser tout en se consacrant à la transmission en enseignant au Ballet de l’Opéra de Paris de 1988 à 2007.

15/Un problème majeur en pédagogie : vouloir faire plaisir à l’élève sans savoir le faire travailler.

Faire plaisir, c’est souvent simplifier, proposer des exercices que l’élève réussit immédiatement. Mais une réussite immédiate est une illusion. Si tout fonctionne tout de suite, rien ne travaille.

Je vois des professeurs enchaîner des verbes d’action sans corriger, ou avec des corrections superficielles (du flan). L’élève bouge, parfois bien, souvent sans précision, et on le félicite. C’est une manière d’éviter le point de résistance.

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14/Question ouverte sur l’enseignement de la danse aujourd’hui.

Je vois apparaître de plus en plus de termes techniques inventés ou détournés (j’en entends un florilège assez cocasse), souvent présentés avec un vocabulaire pseudo-anatomico-scientifique. Je me demande si on est encore dans la transmission ou déjà dans la manipulation.

Ce n’est pas de la pédagogie, c’est une stratégie d’autorité : plus c’est obscur, plus ça impressionne. Ça donne une illusion de savoir mais ça n’éclaire rien.

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13/RÉFLEXION SUR LES TECHNIQUES FONDATRICES

On parle souvent des « techniques fondatrices » comme si la danse moderne avait une origine claire, unique, presque incontestable. Ce terme n’est arrivé que plus tard (dans les années 70) pour imposer certaines techniques/pensées.

Dans son histoire de la danse moderne, Jacques Baril construit un immense arbre généalogique à deux branches très inégales :

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9/RECHERCHE ET PRATIQUE

J’ai écrit un livre sur la méthode Jooss-Leeder.

Ma recherche porte sur la transmission du geste dans la danse moderne.

Mais elle ne se situe pas uniquement dans les textes.

Elle se construit dans le studio : dans l’observation, l’expérimentation ainsi que la répétition.

Ce va-et-vient entre pratique et théorie permet de produire des outils réellement utilisables.

Pas des discours sur la danse, mais des structures opérantes pour la transmettre.

8/RÉFLEXION SUR LA TRANSMISSION

On peut transmettre une danse de plusieurs manières :

-soit en fixant des formes,

-soit en transmettant les principes qui les rendent possibles,

-…

Les formes peuvent être reproduites mais elles meurent si la dynamique intérieure disparaît.

Ce qui se transmet réellement, ce sont : des relations au poids, des logiques d’espace, des organisations internes du mouvement, une véritable compréhension de son corps et du mouvement.

La forme n’est qu’une trace visible. Le travail est ailleurs.

7/RÉFLEXION SUR L’EXPRESSION

L’expression ne vient pas « en plus » du mouvement. Elle est déjà là, dans la manière dont le mouvement est produit.

Changer : le starting point, la qualité dynamique (eukinétique) ou la relation à l’espace (choreutique) et l’expression change immédiatement.

Il n’y a rien à ajouter. La clarté et la compréhension du geste suffit pour exprimer exactement ce que l’on souhaite en tant qu’interprète.