17/RÉFLEXION PÉDAGOGIQUE

Lorsqu’une certaine vision de la pédagogie devient dominante, ceux qui pensent autrement finissent parfois par ne plus s’exprimer. Non pas parce qu’ils sont convaincus, mais parce que contredire a un coût: être marginalisé, perdre des opportunités ou compromettre sa place. Peu à peu, la contradiction disparaît. On finit alors par croire à l’existence d’un consensus, alors qu’il ne s’agit souvent que d’un silence.

C’est un danger majeur pour l’enseignement de la danse. Une pratique n’est pas juste parce qu’elle est majoritaire, ni parce que plus personne n’ose la remettre en question. Si certaines conceptions pédagogiques semblent aujourd’hui faire l’unanimité, c’est souvent parce que ceux qui défendent d’autres approches savent qu’ils ont davantage à perdre qu’à gagner en prenant la parole.

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16/RÉFLEXION PÉDAGOGIQUE

Il y a quelque chose de profondément paradoxal dans l’enseignement de la danse aujourd’hui.

On parle partout d’interprétation, d’expressivité, d’authenticité, d’émotion, et les discours pédagogiques sont saturés de mots sur l’humain, le sensible et l’incarnation.

Mais dans les faits, beaucoup d’élèves n’ont jamais été aussi désincarnés. Je vois de plus en plus d’élèves qui dansent sans aucune conscience de leur main, qui sont incapables de faire un grand plié ou tenir leur dos…

Pourquoi ?

Parce que certains professeurs préfèrent la démagogie à la pédagogie.

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15/Un problème majeur en pédagogie : vouloir faire plaisir à l’élève sans savoir le faire travailler.

Faire plaisir, c’est souvent simplifier, proposer des exercices que l’élève réussit immédiatement. Mais une réussite immédiate est une illusion. Si tout fonctionne tout de suite, rien ne travaille.

Je vois des professeurs enchaîner des verbes d’action sans corriger, ou avec des corrections superficielles (du flan). L’élève bouge, parfois bien, souvent sans précision, et on le félicite. C’est une manière d’éviter le point de résistance.

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14/Question ouverte sur l’enseignement de la danse aujourd’hui.

Je vois apparaître de plus en plus de termes techniques inventés ou détournés (j’en entends un florilège assez cocasse), souvent présentés avec un vocabulaire pseudo-anatomico-scientifique. Je me demande si on est encore dans la transmission ou déjà dans la manipulation.

Ce n’est pas de la pédagogie, c’est une stratégie d’autorité : plus c’est obscur, plus ça impressionne. Ça donne une illusion de savoir mais ça n’éclaire rien.

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13/RÉFLEXION SUR LES TECHNIQUES FONDATRICES

On parle souvent des « techniques fondatrices » comme si la danse moderne avait une origine claire, unique, presque incontestable. Ce terme n’est arrivé que plus tard (dans les années 70) pour imposer certaines techniques/pensées.

Dans son histoire de la danse moderne, Jacques Baril construit un immense arbre généalogique à deux branches très inégales :

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9/RECHERCHE ET PRATIQUE

J’ai écrit un livre sur la méthode Jooss-Leeder.

Ma recherche porte sur la transmission du geste dans la danse moderne.

Mais elle ne se situe pas uniquement dans les textes.

Elle se construit dans le studio : dans l’observation, l’expérimentation ainsi que la répétition.

Ce va-et-vient entre pratique et théorie permet de produire des outils réellement utilisables.

Pas des discours sur la danse, mais des structures opérantes pour la transmettre.

8/RÉFLEXION SUR LA TRANSMISSION

On peut transmettre une danse de plusieurs manières :

-soit en fixant des formes,

-soit en transmettant les principes qui les rendent possibles,

-…

Les formes peuvent être reproduites mais elles meurent si la dynamique intérieure disparaît.

Ce qui se transmet réellement, ce sont : des relations au poids, des logiques d’espace, des organisations internes du mouvement, une véritable compréhension de son corps et du mouvement.

La forme n’est qu’une trace visible. Le travail est ailleurs.