Venise-Décembre 2014

De l’avion, Venise sous le soleil ressemble à un puzzle accroché au mur. Quelques minutes après notre arrivée, une brume épaisse à tout envahi. On ne voyait rien à 3 mètres devant le bus. Venise est opaque. Nous prenons le bus direction le centre puis « vaporetto » (une sorte de bus-bateau-mouche assez marrant qui longe le Grand Canal et qui se « gare » en utilisant un puissant jet de côté pour se plaquer contre l’arrêt flottant) jusqu’au pont Rialto, ce pont magnifique au-dessus du Grand Canal.

Venise se révèle à nos yeux lentement, la brume se lève. Comme dans un conte de fées, les mots ne suffisent pas à décrire la magie de ce moment. Du bateau, impossible de rater les palais collés les uns aux autres qui bordent le Canal. Les bateaux et les gondoles flottent autour de nous, presque silencieux, le pont est envahi de touristes dont on voit les flashs illuminer les pierres blanches du pont… La nuit tombe. La brume crée une ambiance de film ancien dont les héros se comptent par milliers. Nous accostons puis poursuivons à pied le long du Canal direction Campa San Luca. A quelques minutes de notre descente de bateau nous avons le GPS en main car ici les rues forment un vrai labyrinthe.

En attendant que l’on vienne nous chercher, nous dégustons un chocolat épais avec un petit paquet de chantilly en guise de chapeau, le tout saupoudré de chocolat en poudre, une bombe pour nos estomacs qui digèrent à peine le sandwich radioactif d’Air France. L’appartement loué est juste bien, chacun sa chambre. On défait nos valises rapidement pour profiter déjà de la ville malgré la nuit tombante… Nous partons, impatients, vers la Place Saint-Marc… Dans la brume tout devient irréel, les canaux, les rues sombres, les touristes, les bruits de pas, les boutiques.

 

La Place Saint-Marc est là avec la basilique et le Palais des Doges, majestueux… Plus loin le Grand Canal dont on n’aperçoit que les gondoles qui reviennent accoster, perdues dans un décor d’expressionnisme allemand.
Devant moi un japonais esseulé marche bien décidé à ne pas rater la photo du campanile dont la cime a disparu.  On dirait qu’il a une tenue en Téflon, paré à toutes les épreuves que Venise semble imposer aux touristes de fin d’année… Il a un sac à dos de coureur de fond, une sacoche en cuir noir, des collants noirs, un short noir également, des chaussures vertes fluo et un chapeau en roudoudou. il marche avec un appareil photos dans les mains dont on ne compte plus les pixels en réserve.

Nous découvrons la ville en marchant la où les yeux nous amènent. Dom me dit -« quand l’Homme s’y met vraiment, il est capable de faire des œuvres sublimes »… La ville est là, on a préparé les « rues-bancs » en cas d’Aqua Alta: des sortes de tables basses empilées dans les rues prêtes à être aménagées en trottoir de fortune.

 

Premier réveil et direction la Basilique Saint-Marc. Ce matin pas de brume, pas de soleil, juste des nuages et du froid extrême.
Nous entrons les premiers dans la maison du tout-Puissant.
Ici, ce qui me marque le plus, c’est le sol. Tout est fait en mosaïques, du sol au plafond. Tout est chef-d’œuvre. Les dessins au sol ressemblent à des mandalas indiens. Toutes les formes, toutes les couleurs sont là.
Le volume de la Basilique est impressionnant. Nous regardons tout ce que nous pouvons. Un cierge pour ma famille, un cierge pour ma grand-mère qui m’a quitté il y a presque un an. Au moment de l’allumer je fonds en larmes car je me rends compte qu’à chaque voyage je lui disais dans quelles églises j’étais allé. Là je ne pourrais plus.
Je m’assois un moment et le sourire me revient vite en regardant une dame se confesser… sans le curé. Assise d’un côté du confessionnal, elle parlait à voix haute sans doute en relation directe avec le Seigneur, elle rigolait et racontait sa vie. Fascinant personnage.

11.00: Nous repartons dans les rues, on aime se perdre et monter et descendre tous les petits ponts que l’on trouve.

Le soir, nous allons dans un troquet que Dom connaissait. Une sorte de bistrot ou l’on peut manger debout toutes sortes de spécialités italiennes, calamars, spaghetti bolo, à l’encre, aux palourdes…
En rentrant dans nos appartements la neige commence à tomber…
Belles images de gondoles sous la neige en esprit.

 

Le lendemain matin, il neige encore un peu. Les hordes de chinois et de japonais défilent bien rangées, presque sans bruit dans les rues.
Palais, ponts, rues, palais, ponts, rues puis encore la même chose, beau sans cesse, puissant éternel.
Les couples amoureux s’épanchent devant ce Pont des Soupirs, preuve qu’ils étaient bien ici en Décembre 2014, par une photo ou selfie…
Les touristes trouvent ce pont incroyablement romantique, mais aujourd’hui on visite le Palais des Doges: joli avec le passage aller et retour sur le Pont des Soupirs, bruits de cœur meurtris que faisaient les prisonniers en regardant de loin ce grand canal et plus loin encore la Liberté… Ils passaient des salles de jugement aux sinistres prisons.
Le Palais des Doges est somptueux. Les salles se suivent, toutes plus grandes les unes que les autres. Des peintures immenses recouvrent les murs, les appartements des Doges sont immenses.

Si seulement j’avais cet espace à Paris…

Des familles entières traînent leurs ados hésitant entre Twilight et Dirty Dancing. C’est beau tous ces touristes qui se balancent assis sur les fauteuils et strapontins des gondoles vernissées noir. Ils disparaissent dans les canaux sombres et striés par la neige…
Je rêve d’un aux espaces grandioses des Palais éclairés par un lustre du Murano.

Dom me raconte: « La deuxième fois que je suis venu ici, j’étais avec Sylvie Skinazi, on logeait dans un Palais tenu par un mannequin… On prenait notre café du matin dans le grand salon de presque 700 m2, nos chambres étaient grandes aussi, enfin je ne m’en souviens plus très bien. Dans le Palais je remarquais les portes épaisses en bois montées sur gonds mobiles en cas de mouvement… Le mannequin nous racontait qu’elle avait acheté ce Palais dans les années 70 et s’était littéralement ruinée à vouloir le réhabiliter. Elle l’a revendu il y a quelques années, elle vit désormais à New York paraît-il.
Avec Sylvie j’ai fait un parcours de la ville très instructif, je me souviens d’une visite d’église tout simple où l’on pouvait admirer des œuvres de Carpaccio légèrement abîmées par l’humidité. C’est peut-être ce qui a le plus changé aujourd’hui, une politique de conservation de la ville classée par l’Unesco…
La première fois que je suis venu ici c’était en 75 pour un stage de 3 semaines qu’organisait Rosella Hightower avec comme invité d’honneur Maurice Béjart. Des spectacles presque tous les soirs aux quatre coins de la ville… Je me souviens d’avoir vu jouer Baryshnikov sur la Place Saint-Marc. Je devais tourner un film « Aqua Alta » de Béjart avec Barbara qui chantait l’homme en habit rouge, mais hélas le jour de la répétition en courant d’un point à l’autre je me suis pris les pieds dans les câbles électriques et me suis étalé sur les pavés d’un campo! Béjart est venu me voir et m’a dit de soigner ces vilaines éraflures aux avant bras et de quitter le plateau de tournage… Dommage car j’adorais Barbara… »

 

Troisième jour:  on se lève tôt, on est encore les premiers pour visiter le Campanile sur la Place Saint-Marc et avoir une vue fantastique sur la ville. Le soleil est au rendez-vous, éblouissant.
Tout là-haut on voit le Grand Canal tel une scoliose dans la ville en forme de S. Un café en terrasse puis on marche, beaucoup, on s’éloigne des quartiers touristiques et on arrive à l’entrée du Canal, dans un parc.

On visite le Théâtre de la Fenice, un gros gâteau kitch avec des anges et des dames aux gros seins.
Pendant la visite, on voit le plateau se préparer à recevoir l’orchestre qui jouera le concert du Nouvel An… Les places pour les Opéras oscillent entre 150 et 400€… L’abonnement, lui, frôle les 3000€…

Dernier jour, dehors il fait beau.

Ce matin nous avons marché le long du Grand Canal en direction du Lido puis retour vers l’Arsenal, déjeuner dans un restaurant simple, toujours pâtes ou pizza.
Les rues commerçantes et fréquentées par les touristes… On marche encore et toujours, beau toujours… Des magasins de masques de toutes les formes, toutes les couleurs, tous les animaux, tous les personnages de la Comedia Del Arte.

Certains touristes sont habillés comme pour les sports d’hiver avec des boettes fourrées, doudounes, bonnets, gants… Les chinois traînent leurs pieds au sol en faisant un petit bruit de glisse comme s’ils tiraient une tristesse, détresse pour d’autre… La mode touristique du moment est d’acheter un bras télescopique afin de réaliser ses selfies soi-même avec cette distance parfaite et indispensable quand on est plus que deux.
On voit aussi de beaux objets dans les boutiques des rues principales, fringues, lustres, verrerie Murano avec quand même quelques horreurs pour touristes, gadgets idiots et inutiles.

 

Lors de ces 4 jours nous avons beaucoup marché dans les rues, visité les Palais, Musées, Places. On rentrait dans toutes les églises sur notre chemin, chacune avait sa crèche, dont une assez belle avec des santons-automates avec une lumière qui suivait le jour et la nuit (une minute-une minute).

4 jours à marcher dans une œuvre d’art, merveille de poésies… Je rentre me promettant d’y retourner au plus vite…

Bonne année à tout le monde.

 

 

Une pensée sur “Venise-Décembre 2014”

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